Le Conseil Objectivé

Les Français ont le sentiment que le travail ne paie pas…

77% des Français pensent que le travail ne paie pas aujourd’hui en France, dont 54% pas vraiment et 23% pas du tout. A l’inverse, 23% considèrent que le travail paie, dont 20% plutôt et 3% tout à fait. Cette opinion est majoritaire dans toutes les catégories de population, notamment chez les actifs (79%), et est particulièrement exprimée par les 35-64 ans (83%), les employés/ouvriers (81%) et les habitants des communes rurales et petites agglomérations (84%).

…et que travailler plus ne permet pas d‘améliorer significativement son niveau de vie

40% des Français considèrent que travailler plus ne permet pas de gagner plus, 46% que cela permet de gagner plus mais que les gains restent marginaux et n’impactent que peu le niveau de vie. Seuls 14% des Français estiment que travailler plus permet d’augmenter fortement ses revenus et d’améliorer significativement son niveau de vie. Un jugement largement partagé dans tous les segments de la société, notamment par les actifs (43% ne permet pas, 46% à la marge), les employés/ouvriers (48%, 42%) et les 25-49 ans (49%, 40%).

Aux yeux des Français, ce qui permet le plus d’améliorer son niveau de vie c’est optimiser son budget, investir, déménager ou vivre en couple, devant travailler

Pour les Français, ce qui permet le plus d‘améliorer son niveau de vie aujourd’hui en France c’est réduire ses dépenses, optimiser son budget (51%, 3 réponses possibles parmi 11 items), investir dans l’immobilier ou des placements financiers (32%), déménager dans une zone où la vie est moins chère (31%), vivre en couple pour mutualiser les revenus (30%), devant des actions en lien avec le travail : travailler plus (28%), se former et développer ses compétences (28%), changer d’entreprise pour un meilleur salaire (27%), gagner en responsabilité dans son travail actuel (22%) et créer son activité, devenir indépendant (13%). 17% des Français évoquent également bénéficier d’aides sociales.

Le classement des actions les plus efficaces pour améliorer son niveau de vie est globalement similaire entre les catégories de population. Quelques écarts peuvent toutefois être notés : l’optimisation du budget est particulièrement évoquée par les 50-64 ans (59%), investir par les cadres (44%) et les 18-34 ans (45%). De manière générale, les moyens en lien avec le travail sont davantage cités par les retraités que par les actifs (par exemple développer ses compétences : 43% des retraités contre 22% des actifs).

Au cours des 3 dernières années, la majorité des actifs en emploi déclare avoir perdu du pouvoir d’achat

Au cours des 3 dernières années, 39% des actifs en emploi déclarent que leurs revenus professionnels sont restés stables et donc qu’ils ont peu perdu en pouvoir d’achat avec l’inflation, 37% qu’ils ont un peu augmenté (autant que l’inflation) et que leur pouvoir d’achat est stable, et 18% que leurs revenus ont diminué et qu’ils ont nettement perdu en pouvoir d’achat. Seuls 5% des actifs en emploi déclarent que leurs revenus professionnels ont beaucoup augmenté (davantage que l’inflation) et qu’ils ont gagné en pouvoir d’achat. Aucune catégorie de la population déclare avoir connu une amélioration significative de leurs revenus au cours des 3 dernières années (à peine 8% des cadres). Les professions intermédiaires (63%), les employés/ouvriers (58%, contre 47% des cadres), les habitants des communes rurales et petites agglomérations (65%, contre 51% dans les grandes agglomérations) et les 50 ans et plus (65% contre 53% dans les autres tranches d’âge) sont particulièrement nombreux à déclarer avoir perdu en pouvoir d’achat avec des revenus stables voire en baisse.

Pour gagner plus, 7 salariés sur 10 se disent prêts à faire des heures supplémentaires (si on leur proposait) et à prendre davantage de responsabilités

Pour augmenter leurs revenus, 69% des salariés déclarent qu’ils seraient prêts à faire des heures supplémentaires (dont 27% tout à fait prêts) si on leur proposait et 70% à prendre davantage de responsabilité (dont 24% tout à fait prêts). Cette intention est majoritaire dans toutes les catégories socioprofessionnelles, plus marquée encore chez les cadres (74% et 76% respectivement).

Pourquoi le travail ne paie pas assez ? Les principales causes citées par les Français sont l’inflation et le coût du travail

Pour les Français, les principales raisons pour lesquelles le travail ne paie pas assez sont l’inflation, les prix augmentent plus vite que les salaires (63%, 3 réponses possibles parmi 8 items) et le coût du travail pour les employeurs (charges patronales et fiscalité) qui est trop élevé (60%), nettement devant le fait que les entreprises privilégient les profits ou les actionnaires au détriment des salaires (44%), le modèle français de protection sociale est trop généreux et prélève trop sur les salaires  (42%), la mondialisation et la concurrence internationale tirent les salaires vers le bas (31%), la productivité du travail en France est insuffisante (21%) et les Français ne travaillent pas assez (20%).

On n’observe que peu de différence selon la catégorie socioprofessionnelle, c’est avant tout le positionnement politique qui structure l’opinion sur cette question :

  • Les électeurs du NFP citent massivement l’inflation (78%), les entreprises qui privilégieraient les profits au détriment des salaires (70%) et la mondialisation (46%)
  • Les électeurs d’Ensemble évoquent en premier le coût du travail pour les employeurs (65%) et, davantage que les autres électorats, la faible productivité (33%) et le temps de travail insuffisant (30%)
  • Les électeurs du RN mettent en avant le coût du travail (67%), l’inflation (59%) et, de manière nettement plus prononcée que les autres électorats, le fait que le modèle français de protection sociale serait trop généreux et prélèverait trop sur les salaires (59%)

Plus d’1 Français sur 2 méconnait l’écart entre le salaire brut et net d’un salarié du privé

Invités à estimer l’écart entre le salaire brut et le salaire net pour un salarié du secteur privé (question avec des suggestions de réponse sous forme de tranches), 46% des Français l’estiment correctement (entre 20% et 29%), 20% le surestiment (30% ou plus), 17% le sous-estiment (de 1% à 19%) et 17% déclarent ne pas savoir. Cette méconnaissance traverse l’ensemble des segments de la société, y compris les salariés du privé (53% se trompent ou l’ignorent). La bonne connaissance de l‘écart entre salaire brut et salaire net est légèrement corrélée au niveau de diplôme (51% diplômés du supérieur, 42% niveau bac, 39% niveau inférieur au bac). A noter que les cadres sont légèrement plus nombreux à surestimer cet écart (29%).

Informés sur cet écart, 7 Français sur 10 jugent qu’il est trop important et que le modèle social pèse trop sur les salaires

Après avoir été informés en détail sur le niveau de cet écart*, 71% des Français considèrent qu’il est trop important, le modèle social pèse trop sur les salaires contre 27% que cet écart est justifié au regard de la protection sociale dont bénéficient les salariés. Cette opinion est partagée par les salariés du privé eux-mêmes (76%) et est majoritaire dans tous les électorats, à des degrés divers : électeurs du RN (83%), électeurs d’Ensemble (63%) et électeurs du NFP (53%).

(*) Le salaire brut est le montant négocié lors de l’embauche, avant toute déduction. C’est ce montant qui figure dans le contrat de travail. Le salaire net est le montant après déduction des cotisations sociales obligatoires, c’est sur ce montant que l’impôt sur le revenu est ensuite prélevé. L’écart entre les deux correspond aux cotisations sociales salariales qui financent la protection sociale : assurance maladie (remboursement de vos soins), retraite (de base et complémentaire), assurance chômage (en cas de perte d’emploi), CSG/CRDS (contribution au financement de la sécurité sociale). En France, cet écart pour un salarié du privé est de 22% du brut pour un non-cadre et 25% pour un cadre. Exemple concret : pour un salaire brut de 2 500 €, le salaire net (avant impôt) est d’environ 1 950 € pour un non-cadre. L’écart est donc de 550 € (soit 22%).

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Crédits image : Impôt Sur Le Revenu Calculatrice – Pixabay