Le Conseil Objectivé

L’Observatoire politique – Bilan de l’année 2025

Emmanuel Macron : une stabilité apparente qui masque des séquences différentes

La cote de confiance d’Emmanuel Macron est stable sur l’ensemble de l’année 2025 : elle s’établit à 18% en décembre, soit le même niveau qu’en janvier. Mais derrière cette apparente stabilité se cache des dynamiques opposées, dans un contexte politique et gouvernemental lui-même instable. Le président bénéficie d’un mouvement de remontée entre janvier et le printemps, suivi d’un recul marqué à partir de l’été, avant un léger redressement sur les deux derniers mois de l’année.

Une séquence de remontée en début d’année. En janvier, Emmanuel Macron se situe à un niveau bas (18% en janvier), dans le prolongement du recul constaté fin 2024. Sa cote progresse au cours du premier semestre dans un contexte marqué par une actualité internationale dense et la guerre commerciale avec les Etats-Unis : +3 points en février (21%), +6 points en mars, pour atteindre un point haut annuel à cette période (27%). Cette progression s’explique notamment par une remontée dans son socle électoral (jusqu’à 73% de confiance parmi ses électeurs de 1er tour en avril) et chez les cadres (+17 points entre janvier et mars). Durant le printemps, sa cote de confiance se stabilise (26% en avril et 26% en mai).

Une baisse continue de mai à octobre, avant un redressement modéré. À partir de mai, la cote de confiance recule mois après mois. Elle atteint 14% en octobre, un niveau historiquement bas, équivalent au record de François Hollande en 2016. La défiance atteint alors des niveaux inédits : en octobre 82% des Français disent ne pas faire confiance au président, dont 59% « pas du tout » — un record absolu pour Emmanuel Macron. En novembre et décembre, Emmanuel Macron reste plus discret sur les sujets nationaux et se recentre sur les questions internationales. Cette inflexion lui permet de regagner 4 points en deux mois, avec une confiance qui remonte à 18% en décembre. Ce rebond, limité, reste toutefois fragile : la défiance demeure élevée, à 76%, et les niveaux de confiance restent bien inférieurs à ceux enregistrés au début de son second mandat.

Une rupture inédite avec son socle électoral, avant un retour à l’équilibre initial. L’une des tendances les plus marquantes de 2025 est l’érosion du soutien dans son propre camp. Emmanuel Macron perd 35 points de confiance auprès de ses électeurs de 1er tour entre avril (73 %) et octobre (38 %). Il termine l’année à 50 % auprès de cette population, avec notamment un rebond en décembre, un niveau comparable à celui enregistré en début d’année. La tendance est similaire chez les électeurs de 2nd tour : 50 % en mars, 28 % en octobre, pour finalement atterrir à 36 % en décembre. Il reste également très faible dans les autres électorats : en décembre, seuls 19 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon lui font confiance (+10 points sur le mois), 8 % dans l’électorat de Marine Le Pen, et 11 % chez les abstentionnistes.

Un soutien particulièrement faible chez les retraités et les classes moyennes. Du point de vue socioprofessionnel, la cote de confiance du président reste très inférieure à ses niveaux passés dans toutes les catégories. Les cadres constituent le groupe le plus favorable (25% en décembre), mais ce chiffre reste très bas (pour mémoire : 45% en mai 2022). Chez les professions intermédiaires (17 %) et les catégories populaires (15%), les niveaux de confiance sont faibles, même s’ils remontent légèrement en fin d’année. Le cas des retraités est particulièrement significatif : Emmanuel Macron tombe à 13 % en octobre, son plus bas niveau historique auprès de cette population, avant de remonter légèrement à 21% en décembre. Ils étaient encore 47% à lui faire confiance en mai 2022 et figuraient, aux côtés des cadres, parmi ses principaux soutiens.

Une confiance fragile pour Sébastien Lecornu à son arrivée à Matignon

Avant sa nomination comme Premier ministre, Sébastien Lecornu voyait son image s’éroder progressivement dans ses fonctions de ministre des Armées : entre janvier et septembre, la part de Français déclarant avoir une bonne opinion de lui passe de 21% à 17% (–4 points). Cette tendance s’inverse fortement en octobre, à la suite de son arrivée à Matignon : 28% des Français déclaraient alors avoir une image positive de lui, soit un gain de 11 points en un mois*.

En novembre, soit deux mois après sa nomination*, Sébastien Lecornu suscite la confiance de 22% des Français pour affronter efficacement les problèmes du pays. Une entrée à Matignon marquée par une confiance limitée, mais légèrement supérieure à celle enregistrée pour François Bayrou lors de sa prise de fonction (20%). À titre de comparaison, les précédents Premiers ministres d’Emmanuel Macron bénéficiaient de niveaux plus élevés à leur arrivée : 27% pour Élisabeth Borne, 32% pour Gabriel Attal, 36% pour Jean Castex et pour Édouard Philippe.

Dans sa première mesure en tant que Premier ministre, Sébastien Lecornu bénéficie en novembre d’un meilleur positionnement que le chef de l’État dans son propre camp : 53% des électeurs du premier tour et 39% de ceux du second tour d’Emmanuel Macron lui font confiance, soit respectivement >13 et >11 points par rapport à Emmanuel Macron. Il obtient également le soutien d’un tiers des électeurs de Valérie Pécresse (35%). À l’inverse, son niveau reste très faible dans les électorats d’opposition (10% chez Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, 14% chez les abstentionnistes).

Sur le plan socioprofessionnel, il devance également Emmanuel Macron chez les cadres (32 >4 points), les professions intermédiaires (23%, >9) et surtout les retraités (29%, >16). Il recueille en revanche peu de confiance auprès des catégories populaires (13%). Il est davantage soutenu par les 50-64 ans (21%, >9) et les plus de 65 ans (31%, >17) que par les moins de 50 ans (entre 14 et 18%).

En décembre, sa cote de confiance recule légèrement, à 20% (-2 points). Le Premier ministre perd notamment du terrain dans l’électorat d’Emmanuel Macron (46%, -7 points) et auprès des cadres (25%, -7). Il reste stable chez les retraités (27%, -2), qui demeurent sa cible la plus favorable, et progresse dans les catégories populaires (17%, +4) et dans l’électorat de Jean-Luc Mélenchon (19%, +9).

*L’enquête de septembre a été réalisée juste avant sa nomination, celle d’octobre juste après sa démission. Dès lors, pour ces deux mois, les Français étaient interrogés sur l’image, positive ou négative, qu’ils avaient de lui.

L’impopularité du chef de l’Etat entraine avec elle ses anciens Premiers ministres, malgré leurs tentatives de prise de distance

L’année 2025 est marquée par un affaiblissement progressif des principales personnalités politiques issues de la droite et du centre ayant exercé les fonctions de Premier ministre. Cette tendance concerne plusieurs figures de premier plan, comme Édouard Philippe, Gabriel Attal, Michel Barnier ou Élisabeth Borne, qui voient leur image se dégrader au fil de l’année, malgré des prises de position marquant une certaine prise de distance avec le président.

Édouard Philippe, qui a longtemps dominé l’Observatoire politique, termine l’année à 30% d’image positive, en baisse de 11 points depuis mai (41%), et de 12 points depuis son plus haut niveau de janvier (42%). Sur la fin de l’année, il enregistre ses deux plus bas niveaux consécutifs depuis son départ de Matignon (33% en novembre, 30% en décembre). Son recul s’accélère à partir du mois d’août, et s’observe dans l’ensemble des électorats, y compris auprès des électeurs d’Emmanuel Macron où il perd 25 points entre mai et décembre (de 83% à 58%) et même 14 points sur les deux derniers mois de 2025.

Gabriel Attal connaît une trajectoire comparable : après avoir culminé à 77% d’image positive auprès des électeurs d’Emmanuel Macron entre mars et mai, il recule fortement au sein de cet électorat à partir du mois d’août : il perd 15 points en trois mois pour descendre à 59% en décembre. Auprès de l’ensemble des Français, il chute de 10 points depuis avril, passant de 37% à 27%, son plus bas niveau depuis sa sortie de Matignon.

Cette dynamique de recul concerne également d’autres anciens Premiers ministres. Michel Barnier voit son image se dégrader nettement sur la première partie de l’année : il passe de 30 % d’image positive en janvier à 21% en août, soit une baisse de 9 points. Élisabeth Borne enregistre également un repli : elle recule de 5 points entre janvier (21%) et juillet (16%), et se stabilise à ce niveau jusqu’en octobre (date de la dernière mesure).

Nommé début janvier, François Bayrou a été particulièrement affaibli par son passage à Matignon. L’ancien Premier ministre a vu sa cote de confiance chuter rapidement tout au long de l’année, dans un contexte marqué par une forte contestation de sa tentative de « budget de rigueur ». Dès le printemps, il devient le Premier ministre le plus impopulaire jamais mesuré dans le baromètre d’Elabe (mai 2025). Il atteint un plus bas niveau à 12 % de confiance en août et septembre.

Une érosion qui touche également l’ensemble des personnalités de droite, au‑delà de la participation gouvernementale

Parmi les figures de droite ayant fait leur entrée au gouvernement, Bruno Retailleau, longtemps porté par son image de ministre de l’Intérieur, voit sa dynamique s’inverser à partir de mars. Il termine l’année à 24% d’image positive, soit une baisse de 11 points depuis son pic de mars (35%) et de 6 points sur les deux derniers mois de l’année. Il recule notamment auprès des électeurs de la majorité, où il perd 19 points entre mars et novembre (de 52% à 33%). Il reste néanmoins très populaire auprès de l’électorat de Valérie Pécresse (75% en décembre) et des sympathisants LR (72%).

Gérald Darmanin, pour sa part, enregistre également un repli, mais plus modéré. Après avoir enregistré une légère progression en début d’année, en écho à celle de Bruno Retailleau, dans un contexte où ils incarnaient un tandem Police–Justice perçu comme complémentaire (35% en avril, +5 points en deux mois), il recule progressivement : il perd 4 points entre août et décembre et finit l’année à 28%. Auprès des électeurs d’Emmanuel Macron, il parvient pour la première fois à prendre la tête du classement en décembre, avec 61% d’image positive, devant Gabriel Attal et Édouard Philippe. Cette position s’explique moins par une dynamique de progression de son image (61%, –3 points sur l’année) que par le recul enregistré par les anciens Premiers ministres.

Autre personnalité centrale du gouvernement, Rachida Dati enregistre l’un des reculs les plus marqués de l’année (-7 points). Après un début d’année relativement stable, oscillant entre 22 % et 24 % d’image positive, sa cote entame un repli au printemps pour atteindre 19 % en juin, avant de finir l’année à 17 %. Elle signe ainsi l’une des cinq plus fortes baisses mesurées par Elabe sur l’année 2025.

D’autres personnalités de droite n’ayant pas été ministre sous Emmanuel Macron ont également enregistré des baisses, bien que plus modérées.

Xavier Bertrand voit d’abord sa cote rester stable autour de 24 % jusqu’en mai, avant d’enregistrer une baisse de 5 points entre mai et juillet. Il termine l’année à 20 %, soit une diminution de 4 points sur douze mois, dans la moyenne des évolutions observées parmi l’ensemble personnalités politiques.

Enfin, Laurent Wauquiez reste à un niveau relativement bas tout au long de l’année. Il termine l’année à 15%, soit une baisse de 4 points également sur douze mois, dans un contexte de retour sur la scène nationale après son élection comme député en 2024. Son image reste inférieure à celle des autres leaders de la droite.

Dans ce contexte, les leaders du Rassemblement national profitent de l’érosion des autres figures politiques et s’installent en haut du classement

En 2025, les personnalités issues de la droite radicale s’imposent en tête du classement de l’Observatoire politique, moins en raison d’une progression de leur image que du recul des figures politiques issues des autres camps, notamment les anciens Premiers ministres. Ainsi, sans véritable dynamique ascendante, les deux figures centrales du Rassemblement national occupent les deux premières places du classement à partir de septembre.

Si Jordan Bardella reste stable sur l’ensemble de l’année (38% en janvier comme en décembre), il parvient à maintenir son plus haut niveau historique pendant quatre mois consécutifs (39% entre août et novembre). Dans un contexte de repli des autres figures politiques, il s’impose durablement en tête du classement, une position qu’il occupe sans interruption depuis juillet. Cette dynamique repose notamment sur une très forte adhésion au sein de son électorat : 91% d’image positive auprès des électeurs de Marine Le Pen et 92% auprès de ceux d’Éric Zemmour. Notons qu’il bénéficie également d’une perception positive de la part d’un quart des électeurs d’Emmanuel Macron (24% en moyenne annuelle). Il est la personnalité politique préférée des 25-64 ans, mais aussi des catégories populaires (moyenne annuelle).

Malgré sa condamnation et les incertitudes sur sa candidature en 2027, Marine Le Pen conserve une place centrale dans le paysage politique. Elle demeure la deuxième personnalité politique la plus populaire de l’Observatoire (33% en décembre), même si l’écart avec Jordan Bardella s’est nettement creusé à la fin de l’année (5 points derrière Jordan Bardella, le plus grand écart jamais mesuré). Sa popularité reste solidement ancrée dans son électorat : 90 % d’image positive auprès de ses électeurs du premier tour de 2022, un niveau demeuré quasi stable tout au long de l’année (elle reste en moyenne la personnalité préférée dans cette cible électorale).

Marion Maréchal, malgré une présence plus discrète dans le débat public, voit son image rester stable (28% en décembre, -1 point depuis avril). A l’instar de Jordan Bardella, elle bénéficie du recul des autres personnalités et s’installe dans le haut du classement à partir de l’automne, pour atteindre la 4e place en décembre. Malgré sa prise de distance avec Reconquête!, elle bénéficie d’un soutien plus solide parmi les électeurs d’Éric Zemmour (91% en décembre) que de Marine Le Pen (66%).

Ancien président de LR rallié au RN avec son parti UDR, Éric Ciotti est stable sur l’année à 20% (entre 17 et 22%). Son image est finalement assez modérée au sein de l’électorat RN (38% en décembre), mais plus solide auprès de l’électorat d’Éric Zemmour (84%).

Enfin,  du côté de Reconquête, Éric Zemmour reste à un niveau plus faible, avec une image positive de 16% en décembre. Il conserve un socle très solide chez ses électeurs (94%) mais reste contesté par l’électorat de Marine Le Pen (31%). Il est particulièrement impopulaire dans les électorats de gauche, du centre mais aussi des abstentionnistes ; il est crédité de 4,5 fois plus d’image négative que positive. Sarah Knafo, plus récente dans le paysage politicomédiatique, atteint elle aussi 16% d’image positive en décembre, avec un profil encore peu différencié dans l’opinion générale, mais une bonne appréciation dans l’électorat de Reconquête (67% en moyenne annuelle). Elle obtient un soutien encore modérée dans l’électorat de Marine Le Pen (21% en moyenne annuelle).

Les personnalités de gauche ne parviennent pas à profiter des difficultés politiques de la majorité présidentielle

Malgré une séquence politique marquée par les difficultés de l’exécutif, les personnalités de gauche ne parviennent pas à transformer ce contexte en progression dans l’opinion. Si certaines figures bénéficient d’un socle d’adhésion relativement stable, aucune ne parvient à franchir un seuil d’adhésion significatif dans l’ensemble de la population ; à quelques exceptions près, elles ne figurent pas parmi les cinq personnalités politiques les plus appréciées au sein des différentes catégories socioprofessionnelles.

Raphaël Glucksmann, qui tente de s’imposer comme le leader de la gauche social-démocrate, obtient une popularité modérée, au même niveau que d’autres personnalités clés à gauche : il atteint 21% d’image positive en décembre, après un recul de 6 points depuis mars (-3 points sur l’année). Il bénéficie d’un socle favorable, mais modéré au sein de l’électorat de gauche (37% auprès de l’électorat de Mélenchon et 51% auprès de l’électorat de Yannick Jadot), et des électeurs d’Emmanuel Macron (35%)

François Hollande, après une remontée notable pendant l’été (28% en juin et août), termine l’année à 22% d’image positive, un niveau inférieur à celui enregistré en janvier (25%). L’effet de retour médiatique observé au printemps et en début d’été ne s’est pas confirmé sur la durée.

Fabien Roussel et François Ruffin conservent une place de premier plan parmi les figures de gauche les plus appréciées, mais enregistrent eux aussi un léger recul sur l’année. Le député communiste termine à 20% d’image positive (-3 points sur l’année), tandis que le député de la Somme atteint 18% (-4 points). Tous deux conservent une base solide dans l’électorat de gauche – ils sont dans le top 3 des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, derrière le dirigeant Insoumis –, sans parvenir à s’imposer davantage dans l’opinion.

Les autres personnalités occupant des positions centrales à la tête des formations de gauche (PS, Les Écologistes, LFI) demeurent à des niveaux d’adhésion plus faibles dans l’opinion.

Jean-Luc Mélenchon est stable sur l’année (14%, -1 point), mais regagne du terrain au sein de l’électorat de gauche (45%), en particulier sur la fin de l’année (+10 points en décembre). Il reste néanmoins clivant dans l’opinion générale (5 fois plus d’image négative que positive).

Olivier Faure, malgré son rôle central dans la négociation budgétaire et sa réélection à la tête du PS, voit son image reculer : il termine l’année à 14% (-4 points).

Marine Tondelier, engagée dans la pré-campagne présidentielle, n’enregistre pas d’évolution significative dans l’opinion : elle termine l’année à 15%, soit un gain limité (+1 point sur l’année), et reste peu identifiée en dehors de la gauche (entre 0 et 11% d’image positive dans les autres électorats).

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