Le Conseil Objectivé

Les Français, les manifestations du 17 octobre et les violences

Violences perpétrées en marge des manifestations : 91% des Français les condamnent, 24% les comprennent

Ce samedi 17 octobre, des manifestations ont eu lieu en France autour de revendications portant notamment sur le pouvoir d’achat, la vie chère et la situation des lycéens et des étudiants. Dans plusieurs villes, ces rassemblements ont été marqués par des violences et des pillages. A propos de ces violences, 91 % des Français déclarent les condamner et 24 % les comprendre. Ainsi, 19% des Français comprennent et condamnent ces violences.

La condamnation est largement majoritaire dans tous les électorats et catégories de la population. La compréhension de ce phénomène atteint 39 % chez les 25-34 ans, 51 % chez les 18-24 ans et 77 % chez les sympathisants de La France insoumise.

Face aux violences, la colère domine devant le dégoût et la tristesse

Les sentiments qui expriment le mieux ce qu’ont ressenti les Français face aux violences, aux dégradations et aux pillages sont la colère (59 %, 3 réponses possibles parmi 9 items), devant le dégoût (43 %) et la tristesse (37 %). Derrière ce trio de tête, les Français ont ressenti de la honte (34 %), de l’incompréhension (32 %), de la haine (16 %) et de la peur (15 %). Seuls 4 % ont ressenti de l’indifférence et 2 % de la satisfaction.

En termes d’âge, l’émotion la plus ressentie par les 50 ans et plus est la colère (69 %, contre 39 % des 18-34 ans), tandis que celle ressentie par les jeunes (18-34 ans) est plutôt la tristesse (46 %).

Les électeurs du RN ont fortement ressenti de la colère (72 %), du dégoût (54 %) et, plus que les autres électorats, de la haine (33 %). La tristesse prédomine parmi les électeurs de gauche (42 %), devant la colère (39 %).

Malgré les violences, l’opinion considère que les revendications des manifestants pour le pouvoir d’achat et les jeunes sont légitimes

93 % des Français considèrent que les revendications portées par les manifestants pour le pouvoir d’achat et contre la vie chère sont légitimes, et 82 % partagent cet avis à propos des revendications portées par les lycéens et les étudiants. Des revendications jugées légitimes par une large majorité au sein de tous les électorats et catégories de la population.

7 Français sur 10 font la distinction entre les manifestants et les individus venus spécifiquement pour commettre des violences et piller

Pour 70 % des Français, les personnes impliquées dans les violences et les pillages étaient principalement des individus ou des groupes venus spécifiquement pour commettre ces violences et piller, indépendamment de la mobilisation sociale ; pour 4 %, il s’agissait principalement de personnes participant à la mobilisation qui ont également commis des violences et des pillages, et pour 26 %, d’un mélange des deux.

C’est une vision majoritaire dans tous les électorats, même si les électeurs d’Ensemble et de droite se montrent un peu plus partagés (57 % pensent qu’il s’agissait principalement d’individus extérieurs à la mobilisation, 38 % d’un mélange des deux).

Pour les Français, les causes profondes de ces violences sont le sentiment d’impunité et l’affaiblissement de l’autorité

Invités à se prononcer sur les causes profondes de ces violences, 62 % des Français les expliquent par le sentiment d’impunité face aux violences et aux dégradations et par le manque de sévérité de la justice, 51 % par l’affaiblissement de l’autorité et du respect des règles et 45 % par le sentiment que les responsables politiques et les institutions n’écoutent plus suffisamment les Français. Derrière ces trois causes, 3 Français sur 10 citent la radicalisation et la polarisation du débat politique (33 %), les fractures sociales, territoriales et culturelles du pays (32 %), le manque de perspectives et d’avenir pour une partie de la jeunesse (28 %) et les difficultés de pouvoir d’achat (26 %). Seuls 4 % déclarent qu’il n’y a pas d’explication.

Pour les électeurs d’Ensemble, de droite et du RN, ces violences sont principalement causées par le sentiment d’impunité (75%-76%), l’affaiblissement de l’autorité (58%-70%) et la radicalisation du débat politique (39%-47%). Les électeurs du NFP sont beaucoup plus nuancés et évoquent une multitude de causes : le manque d’écoute des responsables politiques (50 %), les fractures du pays (48 %), le manque de sévérité de la justice (46 %), le manque de perspectives pour les jeunes (41 %) et les problèmes de pouvoir d’achat (39 %).

À noter que les 18-24 ans mettent d’abord en avant le manque d’écoute des responsables politiques (71 %) et le manque de perspectives d’avenir (53 %), devant les autres causes.

Pour l’opinion, les auteurs des violences sont les premiers responsables de cette situation, devant les responsables politiques qui attisent les tensions

Les acteurs responsables de ces violences sont, aux yeux des Français, les personnes ayant commis les violences et les pillages (73 %, 2 réponses possibles parmi 5 items), devant certains responsables politiques dont les prises de parole contribuent à attiser les tensions et à polariser le débat public (45 %). Derrière ces deux acteurs, l’opinion évoque le gouvernement et les autorités, en raison d’une anticipation ou d’une réponse insuffisante (33 %), et les réseaux sociaux et plateformes numériques, qui ne luttent pas suffisamment contre la diffusion d’appels à la violence (32 %). Seuls 10 % citent les organisateurs des manifestations, qui n’ont pas suffisamment encadré les cortèges.

Les personnes ayant commis les violences sont évoquées comme les premières responsables dans tous les électorats. Ensuite, les électeurs de droite et du RN pointent du doigt les responsables politiques qui polarisent le débat public (64 % et 58 %), tandis que les électeurs du NFP citent le gouvernement (57 %) et les électeurs d’Ensemble, les réseaux sociaux (49 %).

2 Français sur 3 estiment que les prises de position de Jean-Luc Mélenchon et de La France Insoumise ont contribué à créer un climat favorable aux violences

Certains responsables politiques estiment que les prises de position de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise ont contribué à attiser les tensions et à créer un climat favorable aux violences du 17 octobre. 68 % des Français se disent d’accord avec cette affirmation, dont 42 % tout à fait d’accord et 26 % plutôt d’accord. À l’inverse, 31 % ne sont pas d’accord, dont 16 % pas vraiment d’accord et 15 % pas du tout d’accord.

Les électeurs d’Ensemble, de droite et du RN partagent massivement cette opinion (plus de 90 %), tandis que les sympathisants de La France insoumise la rejettent (92 % ne sont pas d’accord). Les sympathisants du PS sont plus partagés : 56 % sont d’accord, contre 44 % qui ne sont pas d’accord.

Cette question fait également l’objet d’un clivage générationnel : les 25-49 ans (62 %) et surtout les 50 ans et plus (77 %) sont d’accord, tandis que les 18-24 ans ne sont majoritairement pas d’accord (56 %).

L’opinion juge que les autorités ont été dépassées faute d’anticipation et d’un dispositif de sécurité adapté

74 % des Français partagent cet avis, contre 25 % qui estiment que les autorités ont fait au mieux compte tenu du niveau de violence et de l’ampleur des pillages.

La critique à l’égard des autorités est majoritaire dans tous les électorats : électeurs du NFP (91 %), du RN (74 %), de droite (68 %) et d’Ensemble (62 %).

1 Français sur 2 a peur pour sa sécurité

Suite aux violences qui ont eu lieu ce week-end pendant les mobilisations sociales, 49 % des Français déclarent que ces violences leur font peur pour leur sécurité physique ou celle de leurs biens, contre 50 % qui n’ont pas peur.

Le sentiment de peur est plus répandu chez les femmes (53 %, contre 45% chez les hommes), dans les villes (jusqu’à 55 % dans l’agglomération parisienne, contre 43 % dans les communes rurales) et il est nettement plus exprimé par les électeurs du RN (61 %) que par ceux du NFP (22 %).

6 Français sur 10 estiment devoir assurer eux-mêmes leur sécurité

Pour se protéger et protéger leurs biens face à ce type de violences, 61 % des Français considèrent qu’il va falloir se protéger par ses propres moyens, car les forces de l’ordre ne parviennent plus à protéger la population, contre 37 % qui estiment qu’il y a eu une défaillance ponctuelle, que les citoyens peuvent compter sur les forces de l’ordre pour les protéger et qu’il n’y aura pas besoin de se protéger par ses propres moyens.

Les électeurs du RN (79 %), les abstentionnistes (68 %) et, dans une moindre mesure, les électeurs de droite (55 %) sont majoritaires à juger qu’il va falloir se protéger soi-même. À l’inverse, une majorité, quoique courte, des électeurs d’Ensemble (61 %) et du NFP (56 %) estime qu’il n’y aura pas besoin de se protéger par ses propres moyens.

Une large majorité de Français soutient des mesures de fermeté pour rétablir l’ordre et éviter de nouvelles violences

Pour rétablir l’ordre et éviter de nouvelles violences lors de manifestations, une large majorité de Français est favorable à :

  • accélérer les procédures judiciaires et durcir les sanctions contre les auteurs de violences et de pillages (90 % favorables)
  • renforcer les effectifs de policiers et de gendarmes (87 %)
  • renforcer la surveillance des réseaux sociaux et retirer les contenus appelant à la violence (87 %)
  • instaurer des couvre-feux localisés, notamment pour les mineurs, dans les quartiers où des violences ou des pillages sont susceptibles de se reproduire (77 %)
  • mobiliser temporairement l’armée pour certaines missions de sécurité (75 %)
  • interdire temporairement certains rassemblements dans les secteurs les plus exposés (74 %)
  • déclarer l’état d’urgence dans les zones les plus touchées (71 %)

Ces mesures sont fortement soutenues par les électeurs d’Ensemble, de droite et du RN. Les électeurs du NFP se montrent plus partagés sur les couvre-feux (53 %), l’interdiction temporaire de certains rassemblements (47 %), l’état d’urgence (43 %) et la mobilisation de l’armée (43 %).

Pour assurer la sécurité des personnes et prévenir les violences, Marine le Pen devance nettement les autres personnalités

Pour assurer la sécurité des personnes et des biens et prévenir les violences et les pillages en marge des manifestations, 39 % des Français font confiance à Marine Le Pen, 27 % à Bruno Retailleau, 25 % à David Lisnard, 23 % à Édouard Philippe, 22 % à Éric Zemmour et 21 % à Sébastien Lecornu. Les autres personnalités disposent de la confiance de moins d’un Français sur cinq : Raphaël Glucksmann (19 %), Gabriel Attal (19 %), Laurent Nuñez (18 %), Jean-Luc Mélenchon (17 %), Fabien Roussel (14 %), Emmanuel Macron (14 %) et Marine Tondelier (13 %).

D’un point de vue politique :

  • Marine Le Pen bénéficie d’une confiance quasi unanime des électeurs du RN (91 %) et de celle d’un électeur de droite sur deux.
  • Bruno Retailleau a le soutien d’une majorité des électeurs de droite (55 %) et de 4 électeurs sur 10 d’Ensemble et du RN.
  • Édouard Philippe (69 %) et Sébastien Lecornu (66 %) ont la confiance d’une majorité d’électeurs d’Ensemble.
  • Chez les électeurs du NFP, 51 % font confiance à Jean-Luc Mélenchon, il devance nettement les autres personnalités de gauche dans cet électorat.

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Crédits image : mermoz lionel sur pexels