L’organisation des Jeux Olympiques se joue (et se gagne) désormais sur deux fronts

A une semaine d’un week-end électoral en France, quelques 2 millions d’Allemands étaient appelés aux urnes dimanche. Anodin en apparence, ce vote relatif au projet de candidature de Hambourg pour les JO2024 pourrait avoir un impact bien supérieur suite au résultat enregistré.

Inspirée par le nouvel Agenda 2020 du CIO qui prône, entre autres, une consultation plus importante de la population, la 2e ville d’Allemagne semblait bien armée pour obtenir un « JA » capable de soutenir deux ans de campagne face à Budapest, Paris, Los Angeles et Rome.

Pourtant, malgré un projet résolument durable et compact, un succès lors de la « primaire » face à Berlin et la bienveillance du président allemand du CIO, Hambourg a manqué le coche. En effet, dimanche, près de 52% des 650000 électeurs ont dit « NEIN » aux autorités du sport allemandes. Un nouveau camouflet ; le 6e pour une candidature allemande depuis 1992.

De l’avis de tous les observateurs cette décision demeure cependant surprenante si on considère le soutien dont bénéficiait le projet : en décembre 2014, 56 % des hambourgeois étaient favorables au projet. En mars 2015 l’adhésion atteignait 64% à Hambourg. Enfin, en avril 2015, 77% de la population allemande souhaitait voir se concrétiser la candidature.

Ce vote confirme qu’en matière d’organisation de grandes compétitions sportives il existe désormais un enjeu d’opinion croissant. En d’autres termes, les Jeux Olympiques et Paralympiques se gagneront toujours à l’étranger auprès des membres du CIO, mais ils peuvent désormais se perdre « à domicile » si l’on ne parvient pas à gagner la bataille de l’opinion. Plus que jamais les comités de candidatures devront mener et communiquer sur deux fronts en veillant à maintenir une cohérence dans le discours.

Pour les autres villes candidates ce vote ressemble donc à un signal d’alarme.
Dans une démocratie d’opinion « augmentée » par les réseaux sociaux, l’adhésion de la population apparait plus que jamais comme un impératif qui ne semble plus pouvoir s’improviser au risque de voir le projet déstabilisé par son propre camp.

Pour le moment, le comité de candidature Paris 2024 reste cohérent et se refuse à organiser plus que la consultation promise par Anne Hidalgo. Si ce choix permettra de concentrer les efforts sur le travail de pédagogie et sur les bénéfices du projet, il ne devra pas mettre de côté la nécessité d’une meilleure compréhension de l’opinion publique et de ses attentes. Pendant toute la durée de la campagne, il s’agira donc de suivre et d’analyser et de monitorer l’état d’esprit des Français et des Franciliens sur le projet, son ambition durable pour le pays et sa vocation économique et sociale pour le territoire.

Au final, cette campagne que l’on présente souvent comme un marathon ou une course d’obstacles ressemble de plus en plus à une course d’orientation. Et à ce jeu le vainqueur est toujours celui qui a le meilleur GPS !

Raphael Leclerc

raphael.leclerc@elabe.fr

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